LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

VISITE EXTRATERRESTRE : L'IDÉE QUI MET MAL À L'AISE LES AUTORITÉS

Des champs de lavande provençaux au dernier film d’un réalisateur danois, en passant par Jean-Michel Jarre, l’île de La Grenade et la zone 51, tenter de trouver la réponse à cette question : que se passerait-il si jamais « ils » venaient sur Terre ?

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Est-ce que je me mettrais à pleurer ? A sauter partout ou bien à paniquer ? Ou alors resterais-je stoïque, sans que les choses autour de moi ne se révèlent sous un jour particulièrement neuf ?
Plongée dans le noir d’une petite salle de ciné, une question qui me taraude depuis le primaire, quand je lisais les magazines complotistes sur la célèbre Zone 51, vient me retitiller : que se passerait-il si jamais « ils » venaient sur Terre ? Quelle serait ma réaction, et celle de mes congénères, face au débarquement d’une autre forme de vie ?

« Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous là ? »

Une de ces questions qui semblent de prime abord un peu cons – ahah, les petits hommes verts ! – mais qui en fait nous collent dans des états quasi extatiques.
Le dernier film de Michael Madsen, en salle ce 4 novembre, a ce mérite-là : il dépasse la gêne initiale que peut susciter la seule pensée d’une éventuelle visite extraterrestre (d’où l’intitulé) pour poser sérieusement la question de l’après. Et pour nous forcer à regarder les évidences à travers le prisme de l’altérité (« the otherness », répète souvent le réalisateur danois) : au fait, ça veut dire quoi être humain ? Comment allons-nous nous décrire à ces autres êtres ? Allons-nous parler de nos défauts, des tendances et des histoires dont nous sommes le moins fiers ?
Ici, pas de gros vaisseaux sombres et d’aliens gluants à longs doigts, pas d’effets de manches à la Emmerich – strip-teaseuse accueillant les aliens en haut d’un building et golden retriever à sauver d’un tunnel enflammé. Sans surprise, le réalisateur danois rompt avec l’esthétique des scénarios catastrophes qui alimentent la thématique depuis plus de soixante ans.
Sans complètement s’en détacher non plus : car dans « The Visit », comme « Independance Day », il y a des militaires en combinaison biohazard. Parce qu’il y en aura, dans le cas où. Et puis aussi des officiels en costume qui réfléchissent à la stratégie à tenir. Parce qu’il y en aura aussi, dans le cas où...
Pour que l’immersion soit totale, Madsen a même fait le choix du docu-fiction : ses interlocuteurs (des scientifiques, des anciens des ministères britanniques ou de l’armée...) sont en situation, face caméra.
Extrait de
Extrait de « The Visit » - « The Visit »
Les anciens militaires s’interrogent sur l’approche à avoir. La potentialité d’une agression. Les anciens conseillers ministériels moulinent sur l’information à donner ou non au public. Sur l’éventualité d’une panique collective. Les scientifiques posent les questions qu’ils adresseraient aux visiteurs.

« Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous là ? »

« Je peux vous le dire, vous n’aurez personne sur le sujet »

Au-delà des considérations cinéphiles (des effets un poil kitsch façon « Tree of Life », ralentis sur corps et plans contemplatifs) « The Visit » m’impressionne. Parce que je sais que le traitement sérieux de la question extraterrestre n’a rien de simple.
Je m’y suis moi-même cassé les dents cet été. Pour moi, il était juste évident qu’après avoir été abreuvée d’histoires d’invasions extraterrestres, l’humanité avait prévu un plan, un protocole, quelque chose, en cas de rencontre du troisième type.
Sauf qu’en fait, non. Ou alors, on n’en parle pas.
Non, je ne joue pas ici la carte du grand-complot-mondial-des-petits-gris-déjà-parmi-nous. Mais il semblerait que la question soit encore trop exotique, trop floue, trop vaste, trop hypothétique pour mériter le début d’une réponse officielle.
En France, le ministère de la Défense se montre catégorique quand je lui pose la question cet été :

«  J’en sais rien, peut-être qu’il y a un service… Mais on m’a déjà posé la question, et je peux vous le dire, vous n’aurez personne sur le sujet.  »

Au niveau de l’Union européenne, la Commission rétorque qu’aucun de ses départements « ne traite du sujet mentionné ».
« Du sujet mentionné » : en consultant mes notes reléguées depuis aux oubliettes, je me rends compte que les institutions s’aventurent rarement à parler explicitement d’extraterrestres, d’ovni, ou autres exotismes du genre.
Et étrangement, cela vaut aussi pour l’Organisation des Nations unies. Qui, pourtant, apparaît dans le film de Madsen.

« Je mets ma propre crédibilité en jeu pour toi »

Car il existe bien, à l’ONU, une branche en charge des « affaires spatiales » : l’Onoosa (Unoosa, en anglais).
Dans « The Visit », deux membres de l’Onoosa devisent sur l’arrivée d’un vaisseau sur Terre : Niklas Hedman, chef de la section de recherche, etMazlan Othman, son ex-directrice.
Le 12 août pourtant, l’Onoosa ne semblait plus vouloir toucher à ça, me rétorquant par mail :
« L’Organisation des Nations unies, et cela comprend l’Unoosa, n’est mandatée par aucun Etat membre pour examiner les thèmes relatifs à votre question. »
Mazlan Otman dans
Mazlan Otman dans « The Visit » - « The Visit »
Profitant de son passage à Paris, j’ai demandé à Michael Madsen comment il avait fait pour convaincre l’ONU et si, d’une manière ou d’une autre, elle avait changé d’avis sur le sujet.

Réponse : ça s’est joué sur un sacré coup de chance :

« Ça a été très difficile avec les Nations unies."
"J’ai d’abord envoyé des lettres pendant quatre mois, avant de me rendre au siège en personne.Là, il y avait une réunion, à laquelle le secrétaire à la Recherche assistait. Il m’a dit : “Vous êtes Michael Madsen ?”J’ai répondu “oui” – je pensais avoir fait quelque chose de mal. Et il m’a dit qu’il venait juste de voir, par hasard, mon précédent film, “Into Eternity”.

Donc s’il ne l’avait pas vu, peut-être que rien de tout cela n’aurait été possible. Parce que j’avais le sentiment tenace que si je voulais obtenir l’accord de tous les autres participants au documentaire, il fallait que je leur dise d’abord que j’avais l’ONU. »

Mazlan Hotman, jusqu’à peu encore aux rênes de l’Onoosa, semble aussi avoir joué un rôle : l’astrophysicienne malaisienne a en effet longtemps plaidé pour que les Nations unies se saisissent du sujet (ainsi, devant la Royal Society britannique en 2010). Si bien que la même année, la presse internationale avançait qu’elle allait recevoir le titre d’ambassadrice de la planète, en cas de rencontre extra-terrestre – ce qu’elle a finalement démenti.
Et s’il n’y avait que ça : Madsen m’explique aussi avoir passé près d’un an à composer le casting et à convaincre ses interlocuteurs, dont certains lui ont confié :

« Je mets ma propre crédibilité en jeu pour toi, Michael, parce que je trouve que la question a un intérêt. »

C’est dire donc si le sujet est aujourd’hui tabou.

« Il est possible que les Etats-Unis en sachent beaucoup plus que nous »

Il l’a d’ailleurs toujours été : par le passé, les rares incursions dans ce domaine ont été dégommées. Il faut dire qu’ici, se mêlent souvent bonnes intentions et croyances infondées.
En France, une poignée d’anciens militaires s’y était risquée en 1999. Leur rapport, intitulé « COMETA. Les ovnis et la défense, à quoi doit-on se préparer ? » a même été remis à Lionel Jospin, alors Premier ministre. Et est évidemment encore disponible en ligne [PDF].
Plus de cent pages qui s’attardent surtout sur des observations datées, en France comme ailleurs : ainsi, la prétendue rencontre de Valensole en 1965, dont le village a fêté les 50 ans cet été. Ou cette « énorme boule rouge » qui a traversé l’autoroute Paris-Lille en 1988 – et qui s’est avérée un accessoire des concerts de Jean-Michel Jarre, tombée d’un camion.
Le plateau de Valensole
Le plateau de Valensole - ADT 04/Flickr/CC-BY
Mais ce rapport aborde aussi la question des implications scientifiques, politiques, religieuses et médiatiques d’une rencontre extraterrestre, plaidant notamment pour la création « au plus haut niveau de l’Etat » d’une cellule qui réfléchirait aux réponses à donner aux visiteurs d’ailleurs, et se coordonnerait avec les autres pays.
A l’époque, le rapport avait été étrillé par L’Express, qui le jugeait « délirant » et « vraiment pas crédible ».
A la décharge du magazine, il est vrai que certains passages, sur Roswell (« il est possible que les Etats-Unis en sachent beaucoup plus que nous ») ou la désinformation, fleuraient plus le fantasme que l’analyse rigoureuse.

« Ils ont peur de se ridiculiser »

En ce sens, l’initiative de l’ONU présente plus d’intérêt. Bien qu’elle soit tout aussi limitée.
Eh oui, même les Nations unies, pourtant si timorées sur le sujet, ont amorcé un début de réflexion. C’est la décision, célèbre chez les ufologues, « A/DEC/32/424 », de décembre 1977.
La décision 32/424 de l'Assemblée générale de l'ONU, adoptée en décembre 1977
La décision 32/424 de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée en décembre 1977 - ONU
Là-dedans, l’Assemblée générale demande officiellement au Secrétaire général de l’époque d’examiner la résolution suivante, soumise par La Grenade (oui, oui, La Grenade, la petite île des Antilles, était visiblement hyper fana du sujet) :

« l’établissement d’une agence ou d’un département de l’ONU pour s’occuper, coordonner et disséminer les résultats des recherches sur les objets volants non identifiés (OVNI) et phénomènes reliés. »

Au final, seuls l’Inde, le Luxembourg et les Seychelles ont pris la peine d’y répondre. L’intérêt pro-E.T. de l’ONU s’est arrêté là.
Selon Michael Madsen, on ne l’y reprendra plus :

« Aujourd’hui, ils ont peur de se ridiculiser et d’entendre : “Mais pourquoi vous passez du temps à ça ? !”

Nouvelle révolution copernicienne

Au-delà du ridicule, la question est aussi peut-être trop large à embrasser. Trop d’inconnues dans l’équation.
C’est ce que me faisait remarquer pendant mes recherches estivales Xavier Passot, à la tête du seul organisme officiel chargé, en France, d’étudier les ovnis : le Geipan (Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés). Selon lui, si aucun protocole n’existe, c’est aussi parce qu’il est impossible de décliner tous les scénarios.
Extrait de
Extrait de “The Visit” - “The Visit”
Comme le montre parfaitement “The Visit”, en choisissant précisément de ne rien montrer de ces éventuels visiteurs, il est déjà impossible de se figurer une forme de vie totalement étrangère de celle qu’on connaît déjà.
Pour Madsen, c’est cette incertitude fondamentale, qui renvoie à un basculement total de nos schèmes de perception, qui explique l’absence de protocoles :

“La discussion qui a eu lieu en 1977 est une sorte d’avertissement pour nous. Je pense que ceux qui y ont participé savaient que ça n’irait pas plus loin parce que les conséquences sont si essentielles... si difficiles à appréhender... Si quelqu’un vient, devra-t-on lui attribuer des droits de l’homme ? Ou un endroit où vivre ?”

Envisager cette rencontre serait alors accepter l’éventualité d’une nouvelle révolution copernicienne, qui ravirait une bonne fois pour toutes à l’humanité un statut de nombril de l’univers. Envisager cela, poursuit Madsen, revient donc déjà à accepter que l’intégralité de notre compréhension peut être renversée. Ce qui nécessite un sacré courage.

Quelques jours de buzz sur Twitter

Je lui rétorque que ces considérations existentialistes pourraient ne pas du tout résonner chez la plupart des gens, pris dans les aléas du quotidien. Et lui confie que par moment, j’ai même tendance à croire que l’arrivée d’extraterrestres se solderait en quelques blagues blasées sur Twitter. Sans plus.

“Je le pense aussi, mais je suis personnellement un grand romantique. Donc quelque part, j’espère que ce sera considérable, parce que je pense que se voir offrir une autre manière de se regarder est un incroyable cadeau à recevoir.”

Et si, malgré tout, demain, les aliens venaient à débouler sans que l’humanité en soit ébranlée ? Alors, cela apporterait tout de même un éclairage cru sur ce que nous sommes en tant qu’espèce :
sommes une espèce très préoccupée par elle-même, et rien d’autre. Et qu’on ne vaut peut-être pas la peine qu’une forme de vie intelligente s’arrête pour nous.

 

SOURCE : L'OBS 04.11.2015

 

COMPLÉMENT D'ARTICLE :

 

 

Comment parler avec des extra-terrestres (surtout s'ils n'ont pas d'oreilles...) : la NASA livre ses réflexions 

Georges Lucas n'aurait pas fait mieux : la NASA a récemment publié un ouvrage concernant les différents moyens d'aborder un extraterrestre. Sans doute que les communications changent selon qu'il s'agisse d'un Chewbacca ou d'un E.T.... A défaut de savoir à qui s'adresser, il paraît aujourd'hui évident que la vie existe ailleurs, et que les civilisations sont, à l'image des nôtres, divisées. Un point à prendre en compte lors d'éventuelles conversations.

 

 

Est-il permis de supposer que des extraterrestres, tout comme nous autres humains, partagent une mémoire collective ? En quoi cela pourrait-il faciliter les échanges avec eux ?
La civilisation humaine est rendue possible par notre mémoire collective. Nous n’avons pas besoin de conserver l’intégralité de nos connaissances dans notre cerveau, nous pouvons les archiver dans nos bibliothèques et sur internet.
Le défi serait néanmoins de faire le tri de toutes ces connaissances pour identifier des expériences communes aux civilisations humaines et extraterrestres. Cela pourrait être très difficile.
Lorsqu’il est question de mémoire humaine, le plus important pour le SETI serait éventuellement d’être en mesure d’archiver les messages que nous pourrions envoyer à des civilisations extraterrestres. Pour le moment les programmes du laboratoire consistent exclusivement à écouter, et non à  transmettre.
Mais si un jour nous lançons un projet durable de transmission de messages à d’autres civilisations, il nous faudrait garder une trace de ces messages, de sorte que si nos descendants sur Terre reçoivent une réponse au cours des siècles à venir, ils sachent la nature du message initialement envoyé.

Soutenues par la NASA, vos recherches sont très sérieuses. Mais quand pourrions-nous entrer en contact avec des extraterrestres ? S’agit-il d’un travail sur le très long terme, bien plus que les projets de voyages humains vers Mars ? Etes-vous en train de préparer le terrain pour nos descendants, dans plusieurs siècles ?

Il est extrêmement difficile de prédire avec exactitude quand nous pourrons établir un contact avec des extraterrestres – si cela arrive un jour.
Il est possible que pas plus tard qu’aujourd’hui nous découvrions des signaux artificiels envoyés par des extraterrestres, car nous effectuons un travail d’écoute permanent avec le radiotélescope du SETI, installé en Californie du Nord.
Mais si nous décidions de lancer des signaux intentionnels à d’autres civilisations, au lieu de simplement écouter ceux en provenance de l’espace, cela deviendrait en soi un projet multigénérationnel.
Cela prendrait quatre années à  un signal radio pour voyager de la Terre jusqu’à l’étoile la plus proche, et encore quatre autres pour obtenir une réponse.
Mais il est fort probable que les planètes hébergeant des civilisations technologiques les plus proches se trouvent bien plus loin.
Tellement loin d’ailleurs, qu’il faudrait des siècles voire des millénaires pour qu’un aller-retour puisse se faire.
Par conséquent, alors que nous pouvons réussir à découvrir de la vie au-delà de la Terre à tout moment, une discussion entre deux interlocuteurs s’inscrirait dans une durée multi générationnelle.

 

SOURCE : atlantico 13.06.2014

 

 



04/11/2015
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