LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

UN ILLUSTRE INCONNU : EDMOND HARAUCOURT (1865-1941)

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Partir, c’est mourir un peu.
C’est mourir à ce qu’on aime.
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C’est toujours le deuil d’un vœu
Le dernier vers d’un poème…
 
Partir, c’est mourir un peu.
Et l’on part, et c’est un jeu
Et jusqu’à l’adieu suprême,
C’est ton âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu.
Partir, c’est mourir un peu…

 

 Extrait du recueil Seul (1891)

 

Si j’évoque devant vous ce nom : Edmond Haraucourt, vous dira-t-il quelque chose ? Peut-être : je ne puis croire qu’il soit totalement oublié. Mais je crois pouvoir vous aider en reproduisant ci-dessous le texte intégral de son plus célèbre rondel : 
Cette fois, les mémoires se réveillent : traduit dans toutes les langues, exploité par plus de 50 chansonniers dont Francis Lemarque, ce poème de l’adieu doit avant tout sa renommée à ce vers qui revient trois fois : « Partir, c’est mourir un peu ».
Comme beaucoup de préceptes et d’aphorismes célèbres transformés en dictons, ce vers a fait son chemin tout seul, en laissant derrière lui son auteur. Ce cas n’est pas unique : qui se souvient, par exemple, que la phrase « Chassez le naturel, il revient au galop » est d’un auteur du 18ème siècle nommé Destouches ? Et pourtant, entre poètes…
Eh bien non : même entre poètes, l’oubli sévit ; nous serons presque tous oubliés un jour, il faut nous faire à cette idée. Mais certains de nos textes et de nos vers nous survivront : c’est particulièrement le cas de ceux qui sonnent comme des sentences et que le souvenir public, léger et un brin nonchalant, transformera en maximes.
C’est surtout le sort des poèmes trop personnels, où transparaissent par trop le mal-être ou les regrets d’un être blessé, comme ici, par un départ, une séparation inéluctable. Ainsi, Edmond Haraucourt, poète champenois né Bourmont (France, Haute-Marne), exprima son désarroi devant la fuite d’un bref amour qui naquit au printemps 1890 entre lui-même et une jeune Autrichienne, connue en cure à Contrexéville (Vosges). L’année suivante, Haraucourt publiait le recueil Seul, qui contenait cette pièce, destinée à devenir la plus célèbre de l’ouvrage. La preuve : le ministre de l’Instruction publique, alors employeur du poète, lui enjoignit un jour de quitter sa terre natale pour la capitale, où il était nommé conservateur du musée de Cluny. Le ministre lui ayant dit, devant sa mine dépitée : « Que voulez-vous ? Partir, c’est mourir un peu ! », Haraucourt le détrompa : contrairement à ce que croyait l’homme d’État, ce vers ne datait pas du 16ème siècle et n’était pas de Ronsart mais de l’illustre inconnu que Haraucourt s’accusait d’être déjà devenu. Stupéfier un ministre n’est pourtant pas à la portée du premier venu !
Par la suite, Haraucourt eut l’honneur d’entendre plusieurs fois son poème déclamé en société… sans que son nom fut cité : le rondel fut tour à tour attribué à Sully Prudhomme, Joachim du Bellay, André Chénier, Maurice Scève… sans oublier Victor Hugo, référence obligatoire de la poésie française ! Que voulez-vous, Hugo est un génie, hélas… !

 

Par Thierry ROLLET

 



27/03/2015
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