LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

TORTURE, FAMINE, VIOLS... AMNESTY DÉVOILE L'ENFER DES PRISONS SYRIENNES

Un rapport d'Amnesty International révèle les effroyables conditions de détention dans les prisons des forces gouvernementales syriennes. Plus de 300 personnes y meurent chaque mois.

 

l y a un an, "l'Obs" se faisait l'écho des révélations de "César"photographe de la police militaire syrienne, qui avait copié et fait sortir du pays 45.000 photos et documents insoutenables de détenus qui avaient péri dans les geôles de Bachar al-Assad. 
Depuis, la situation est loin d'avoir changé. L'usage de la torture, et ses conséquences funestes, a continué à se généraliser en Syrie. Le dernier rapport d'Amnesty International, qui s'appuie sur les témoignages de rescapés, est effrayant : il y aurait 300 morts par mois dans les prisons des forces gouvernementales, soit 10 personnes par jour… selon les estimations les plus optimistes.

La macabre "fête de bienvenue"

Pour les civils qui sont capturés par les forces gouvernementales, le cauchemar commence dès l'arrestation et le transfert vers un centre de détention. Dans les véhicules les transportant, ils sont déjà humiliés et battus, certaines femmes sont même violées. Tous sont considérés comme coupables de trahison. 
Ce qui les attend une fois arrivés dans les prisons est encore pire : là, de macabres "fêtes de bienvenue" ont lieu. Le prisonnier, jeté par terre, est roué de coups à l'aide de barres de fer ou de plastique, ou de câbles électriques. Ce passage obligé marque le début d'un calvaire pour les détenus, comme en témoignent les rescapés qui ont accepté de répondre à Amnesty International.
"Ils nous traitaient comme des animaux. Ils voulaient nous faire perdre tout caractère humain. […] Quand nous sommes entrés dans les cellules, nous avons demandé aux autres si cela leur était arrivé et ils ont dit que c'était une routine… Je n’aurais jamais imaginé que l’humanité pouvait descendre aussi bas […] J'ai vu, quand ils ont commencé à taper nos têtes, que nous tuer ne leur aurait posé aucun problème", confie ainsi Samer, un avocat.
S'ensuivent ensuite des "contrôles de sécurité" qui constituent de nouvelles occasions d'humilier les prisonniers. Les femmes, en particulier, sont souvent abusées sexuellement à cette occasion. Au moins la moitié des femmes interrogées ont ainsi déclaré avoir subi des contrôles de sécurité abusifs, toujours effectués par des hommes, qu'ils soient des gardes ou membres des forces de sécurité.

"La torture est la seule manière d'enquêter"

Ce n'est qu'après qu'arrivent les interrogatoires, qui consistent souvent en une simple séance de torture, sans même passer par des questions préalables. De quoi faire dire à Ahmad H., un ingénieur civil ayant passé trois ans en prison, qu'"en Syrie, ils n'ont pas d'autres façons d'enquêter que la torture. C'est la manière basique, la seule manière." Et les forces gouvernementales rivalisent d'ingéniosité en la matière.

Le Dulab, une des méthodes de torture des forces gouvernementales syriennes.
(Amnesty International/Mohamad Hamdoun)

Du Falaqa, technique qui consiste à tabasser la plante des pieds du prisonnier, au Dulab, où l'interrogé est coincé dans un pneu, en passant par le Shabeh (le prisonnier est suspendu par les poignets) ou le "tapis volant", écrasant le prisonnier entre deux planches de bois ou de métal, les tortures ne manquent pas. S'y rajoutent les passages à tabac, les chocs électriques, les jets d'eau bouillante, ou encore les viols (sur les femmes comme sur les hommes) et autres humiliations. Said, un activiste arrêté en 2011 à Alep, se souvient:
“J'avais un bandeau sur les yeux pendant toute la séance. […] Pendant que j'étais dans la position Shabeh, ils ont utilisé un bâton à électrochoc sur mon pénis. Puis ils l'ont introduit dans mon anus et l'ont allumé. C'était ma première expérience du viol. Ensuite, l'un des gardes a demandé à ce qu'on m'enlève mon bandeau, et j'ai vu mon père. Il avait tout vu."

L'enfer de Saydnaya

A ces tortures se rajoutent des conditions de détention déplorables. Après des mois, voire des années d'emprisonnement, les détenus sont parfois jugés à la va-vite par des tribunaux militaires, avant, pour les moins chanceux d'entre eux, d'être expédiés vers la prison militaire de Saydnaya, au nord de Damas. Cette prison est l'une des plus sinistrement connues de Syrie. Amnesty International et Forensic Architecture l'ont reconstituée en 3D sur un site internet, à partir des témoignages qu'ils ont pu recueillir. 

Impression d'écran du site permettant de visualiser la prison de Saydnaya.
(https://saydnaya.amnesty.org/Amnesty International/Forensic Architecture)

Des cellules exiguës, toujours surpeuplées, parfois localisées dans les sous-sols, sans accès à la lumière et à l'air libre... A Saydnaya, les morts sont quotidiennes, les séances de torture régulières et détachées d'un quelconque interrogatoire. La plupart du temps, les prisonniers n'ont pas le droit de voir leur famille, et encore moins un avocat. Protester ne peut qu'aggraver encore leur état, entraînant des "disparitions forcées". 
Salam, un avocat ayant passé deux ans dans la prison, se souvient de "l'odeur de la torture" qui régnait à Saydnaya, ce mélange "d'humidité, de sang et de sueur". La nourriture y est rare, les moyens de se laver encore plus, malgré les nombreuses blessures infligées par les gardiens, tant et si bien que les détenus meurent autant de maladie et de faim que de la torture.
Les règles à observer dans la prison de Saydnaya sont, elles, dignes d'un camp de concentration : ne pas regarder les gardes dans les yeux, maintenir un silence absolu, se tenir dans une certaine position à l'approche des gardes... Dans chaque cellule collective, de douze personnes chacune, un responsable est désigné pour dire aux gardes, chaque matin, le nombre de cadavres dans la pièce. Omar S., un activiste pro-kurde, raconte l'un de ces échanges :
"Un jour, le chef de la cellule suivante a dit : 'Il y a 12 cadavres ici.' […] Le garde s'énerva. [...] Il demanda au responsable de passer sa tête dans la fenêtre coulissante [de la porte]. Il ferma puis ouvrit ce volet en métal contre sa tête, en le tapant avec des barres de métal. L'homme est mort pendant ce passage à tabac, et son corps a été ramassé le lendemain."

Des appels dans le vide

Bien que la communauté internationale connaisse l'ampleur de l'horreur dans les geôles syriennes, elle est paralysée par la lutte contre l'Etat islamique et le veto russe au Conseil de sécurité de l'ONU. C'est avant tout à ce dernier pays, la Russie, et à son allié iranien qu'Amnesty International en appelle à la fin de son rapport. 
Mais il semble peu probable que cela fasse bouger les lignes. Même l'emploi d'armes chimiques par le gouvernement syrien, défini comme la "ligne rouge" à ne pas franchir par Barack Obama, n'avait pas poussé la communauté internationale à agir contre le gouvernement de Bachar al-Assad, laissant le champ libre à la Russie pour renverser la situation et soutenir le président syrien.

SOURCE : L'OBS 18.08.2016

 



18/08/2016
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