LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

"LES NUMÉROS DE TÉLÉPHONE DE VIGILANCE, C'EST DU N'IMPORTE QUOI ! "

Terrorisme - Criminologue et expert en sécurité dans les transports, Christophe Naudin fustige les effets d’annonce et propose les solutions réalistes.

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Criminologue et expert en sécurité dans les transports, Christophe Naudin dénonce les effets d’annonce irréalistes en termes de sécurité dans gares et les trains. Après l’attentat déjoué du Thalys, les propositions fusent de partout et démontrent une certaine impuissance face aux terroristes.

Alain Vidalies, le secrétaire d'Etat aux Transports, annonce vouloir renforcer les contrôles aléatoires des personnes et des bagages. Est-ce la solution?

Christophe Naudin: Non, ce n’est pas la solution à tout. Il y a en ce moment beaucoup d’effet d’affichage. Car qui va pratiquer ces contrôles? Cela nécessite un personnel formé. Il n’y a déjà pas assez de policiers communs sur le terrain. On peut accumuler les effets d’annonce sans tenir compte de la réalité: celle des coûts et du personnel disponible.

Que ce soit le directeur de la SNCF, certains députés comme Alain Marsaud et aussi le président de la République, tous en appellent à des formes de vigilance citoyenne. Est-ce un signe de l’impuissance?

Ce n’est pas aux citoyens d’effectuer le travail des états: celui de la sécurité. Mettre en avant des numéros de téléphone ne va servir à rien. Mais cela rassure les gens… Comment va-t-on traiter l’appel d’une personne qui se trouve dans le TGV Paris – Genève et qui signale un individu qu’il pense être un terroriste? Comment le vérifier? Comment intervenir? Comment faire monter la police pendant le trajet? Comment faire descendre le «suspect» durant le trajet? Non, on est proche du n’importe quoi!

Alors qu’elles sont les mesures réalistes?

Tout d’abord, il faut admettre les faits et surtout les rappeler. On ne peut pas transposer le dispositif sécuritaire des aéroports vers les gares et les trains. La France totalise 100 millions de voyageurs dans les airs. La sécurité coûte un milliard. Côté rail, la France c’est 3500 gares, dont 260 TVG, c’est 14 000 trains par jour. Et 6 milliards de voyageurs, dont presque 3 milliards sur les TGV. C’est donc impensable, pas possible: trop cher!

Alors que faire?

Trois mesures complémentaires et possibles. La première consisterait en sécuriser les billets de train en activant un rapprochement biométrique entre le voyageur et son identité. C’est techniquement réalisable à un coût raisonnable. C’est pour moi, le meilleur moyen…

Et pourquoi?

On sait que les meilleurs dispositifs de sécurités sont ceux qui sont acceptés par les utilisateurs. Et pour cela, il faut qu’ils soient diaphanes. L’utilisateur qui n’est pas concerné ne se rend pas compte qu’il est contrôlé. C’est le contraire du dispositif dans les aéroports. S’il faut faire le rapprochement entre l’identité et le billet, la personne fichée sera tout de suite repéré. A partir du moment, qu’on sait qu’un fiché prend le train, tout est envisageable en type de surveillance.

Autre dispositif?

L’inspection aléatoire des passagers et des bagages est une bonne méthode. Toutefois, elle doit être effectuée par des personnes dont c’est le métier. Ce qui signifie qu’il faut faire évoluer les métiers de la sécurité. A l’heure actuelle, les tâches de sécurité sont trop souvent confiées à des personnes sous-payées et mal formés. On aurait besoin de professionnels motivés, on a affaire à des gens qui prennent un job alimentaire et qui ne sont pas intéressés ni responsabilisés par leur activité.

Et la troisième mesure «réaliste»?

Il nous faut développer la police ferroviaire. Par ailleurs, on parle de procédures sécuritaires pour le personnel des trains, alors que ce n’est pas leur métier. Par contre, ils sont en contact avec les voyageurs et peuvent servir d’alerte et faire appel à ces agents armés et formée qui constituent la police ferroviaire. La déployer plus largement et plus visiblement dans les trains et les gares me paraît relativement simple, bien que cela a un coût.

Et que pensez-vous des critiques sur le comportement inadéquat, voir la désertion, du personnel du Thalys?

Je ne suis pas d’accord qu’on remette des légions d’honneur pour éteindre une polémique. Le directeur de la SNCF a voulu sortir par le haut de cette controverse. Il aurait été à l’honneur de la SNCF qu’elle ne demande rien et n’obtienne rien. Mais, par ailleurs, je ne jette pas la pierre au personnel naviguant: intervenir face à un terroriste, ce n’est tout simplement pas leur métier et personne ne peut dire comment il aurait agi!

 

SOURCE : La Tribune de Genève 24.08.2015



25/08/2015
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