LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

L'APPAUVRISSEMENT COLLECTIF, C'EST MAINTENANT !

Les institutions financières internationales revoient les prévisions économiques à la baisse : un processus d'appauvrissement collectif est déjà à l'œuvre.

Publié le | Le Point.fr
 
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Les institutions financières internationales revoient à la baisse leurs prévisions de croissance pour l'année 2016. Le FMI table sur 3,2 %, la Banque mondiale sur 2,5 % et l'OMC sur 2,8 %. Malgré des modes de calcul différents, leur ton est à l'unisson. Dans cette ambiance morose, le FMI en appelle à une relance budgétaire plus volontariste et coordonnée entre les différentes zones économiques du monde. Mais ni dans les années 30 ni au Japon les relances de type keynésien n'ont fonctionné. On oublie que le « New Deal » n'a pas résolu les problèmes de surcapacité aux États-Unis. Tout comme aujourd'hui une relance keynésienne ne réglerait en rien les surcapacités, quel que soit le secteur d'activité ou le pays.

Les relances budgétaires sont inefficaces

Même si les Allemands décidaient de rénover leurs autoroutes, croit-on sérieusement que ces dépenses auraient un quelconque impact sur la croissance ? En France, comme toujours, le fantasme se porte sur les infrastructures. Cette fois, il s'agit d'équiper le territoire de la 4G, ce qui revient (encore et toujours) à fabriquer de la dette. Surtout que ce qui est porté par cet adage schumpétérien sur l'innovation créatrice ne portera ses fruits que dans 20 ans. Innover, c'est bien, mais, le temps que cela porte ses fruits, on risque de manger de la soupe aux cailloux. Sans doute aurait-il fallu être visionnaire dans les années 70 et lancer ses plans numériques pour qu'ils soient prêts « ici et maintenant ».

Nous sommes dans l'impossibilité de créer de la valeur

Le problème est que, même en nous endettant au-delà du raisonnable, nous sommes dans l'impossibilité de créer de la valeur. Autrement dit, le problème n'est pas tant la dette que notre absence de création de richesse. Ni les dépenses budgétaires, ni les injections monétaires massives, ni les taux bas ne parviennent à relancer la machine économique. Certes, les besoins sont là, mais la demande ne peut pas être forte dans une économie qui devient insolvable.

Les États et les banques se débattent dans les tumultes de la récession

En Italie, plus de 300 milliards de créances non remboursées par des particuliers ou des entreprises en difficulté fragilisent certaines banques, et l'État italien est contraint de venir à leur rescousse. En Autriche, l'État, après avoir injecté plus de cinq milliards d'euros pour renflouer la banque HGAA, se résigne à des procédures en contentieux lancées par les créanciers qui veulent récupérer l'intégralité de leur créance. Malgré toutes les meilleures résolutions, c'est encore le contribuable qui est ponctionné.

Les banques souffrent de la faiblesse des taux

Les taux bas, décidés par les banques centrales, n'arrangent rien. Même si les grandes banques d'investissement surperforment dans la captation de la valeur, les taux négatifs empêchent la valeur des fonds propres d'augmenter. Les grandes banques américaines sont plus solides que les européennes, car elles bénéficient d'une haute ingénierie financière capable de faire des tours de passe-passe pour dissimuler des dettes douteuses et d'une capacité à faire pression pour modifier les normes.

Cependant, cinq d'entre elles peinent à passer les « simulations de faillite » (stress tests) pour répondre aux exigences de la loi Dodd-Franck de réforme du système bancaire votée en 2010. Elles doivent expliquer en détail de quelle manière elles s'y prendraient en cas de faillite pour ne pas faire appel aux contribuables. Les régulateurs ont trouvé leur simulation « non crédible » et leur ont demandé de revoir leur copie. En prévision des dettes douteuses, issues de l'industrie du schiste en déconfiture ou bien des crédits étudiants, elles se préparent à boire la tasse, mais ce ne sera pas une noyade. Cependant, les tumultes et l'instabilité deviennent la norme.

La dégradation se poursuit

En France, nous avons eu droit à notre lot de mauvaises nouvelles. On prévoit que les retraites complémentaires vont baisser de 7 à 18 % selon les cas, ce qui accentue la baisse du niveau de vie des retraités. Quant à nos enfants, ils ne sont pas davantage aidés puisque l'Unicef classe la France au 35e rang sur 37 pays de l'OCDE (presque dernière !) en ce qui concerne les écarts de résultats scolaires liés au milieu social. Et les inégalités s'accroissent considérablement à l'intérieur de l'Ile-de-France, première région économique du pays.

Notre génération est déjà touchée

Cette litanie de chiffres décevants marque une lente et régulière dégradation de la situation pour toutes les catégories de la population, des plus jeunes aux plus vieux. Le processus d'appauvrissement collectif est donc bien enclenché. Dix millions de pauvres, la précarité, les difficultés de logement et une perte de pouvoir d'achat constituent les stigmates indélébiles d'un écosystème dysfonctionnel. Ces difficultés ne sont pas passagères, elles vont durer, et il faudra vivre avec.

Le désastre est déjà là

Notre génération est déjà en train de payer les erreurs de nos aînés qui ont cédé aux sirènes de la filière nucléaire (aujourd'hui en faillite), de la désindustrialisation et de l'endettement. L'absence de réformes structurelles, la mauvaise qualité des formations, tout cela rend notre écosystème plus fragile face aux défis de la mondialisation.

Notre aveuglement collectif

Nous pensons à nos enfants, aux générations futures, et nous nous faisons du souci pour eux, comme si le désastre n'était pas encore là, alors que les jeunes et les moins jeunes sont déjà lésés. Quelle que soit la forme empruntée, les cotisations, les impôts, les taxes sur les consommations augmenteront, les services publics diminueront, tout ce processus de régression étant déjà enclenché depuis longtemps. Nous en sommes arrivés à ce point, car les débats publics sont marqués par des tropismes nationaux bien connus : le déni des réalités, le mépris de l'industrie, un État trop écrasant, un clientélisme électoral et l'illusion que la France peut encore changer le destin du monde.

« Les riches n'ont qu'à payer »

Ces lubies permettent de ne pas remettre en question le mode d'organisation actuel. C'est toujours plus facile de penser que « les riches n'ont qu'à payer » pour que nos problèmes soient résolus. La France n'a aucune prise sur la situation mondiale, pas même à l'échelle européenne où elle n'est plus écoutée. Dans un tel contexte, elle dispose de peu de leviers d'action. L'évasion, l'optimisation ou la fraude fiscale ne sont possibles que parce que les États ne sont pas capables de s'entendre. Incapables de mener des politiques monétaires, budgétaires ou fiscales coordonnées et intelligentes, la concurrence effrénée à laquelle ils se livrent les mène au moins-disant social, au gonflement artificiel des marchés et des bulles spéculatives et à un accroissement considérable des inégalités sociales.

Le désarroi des foules

Les opposants à la loi El Khomri expriment leur désarroi et leur refus de la précarité. Pourtant, cette loi visait essentiellement à en diminuer les effets en favorisant le retour en grâce du CDI auprès des employeurs pour permettre à un plus grand nombre d'avoir accès au crédit et au logement. Finalement, ce qu'il en restera a peu d'importance puisque la précarité s'installe de toute façon et se généralise dans le secteur privé.

Quand on joue avec la monnaie, on joue avec le feu

Notre histoire tragique a démontré que, lorsqu'on joue sur la valeur de la monnaie, avec des politiques monétaires irresponsables, des injections massives de liquidités qui créent de l'inflation sur les actifs financiers et sont inopérantes sur la déflation dans l'économie réelle, les conséquences peuvent être dramatiques et conduisent à des tensions sociales, des vagues de haine et de violence.

La France est un pays désinformé, sans débat de fond, empêtré dans des polémiques futiles. Avec nos enfants, nous devrons payer de différentes manières : davantage d'impôts, de cotisations, moins de croissance, des salaires amoindris, moins de sécurité et plus de violence. Nous paierons jusqu'à notre complète insolvabilité.

Lorsque les structures sociales sont détruites après quarante années de chômage de masse, option choisie par un système qui protège ceux qui sont en place et exclut les autres, il ne suffit pas de mettre fin aux causes de leur déliquescence pour qu'elles se reconstruisent spontanément. Autrement dit, même si une croissance hypothétique revenait, le mal est fait. La montée des populismes et des nationalismes fera suite inéluctablement à la régression sociale et à la misère. C'est pourquoi il est vital de réfléchir, dès à présent, à une reconstruction future de nouvelles structures sociales qui soient adaptées à un écosystème appauvri.



18/04/2016
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