LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

VALLS ET SA PETITE PHRASE DE TROP : "JE NE LE RESPECTE PAS ET JE NE LE SUPPORTE PLUS"

La petite phrase de Valls sur Hollande qui pourrait lui coûter cher

Manuel Valls est candidat à la Primaire PS au terme d'une cohabitation de combat infligée à François Hollande. Ce dernier a fini par céder à la pression d'un Premier ministre qui n'a reculé devant rien, jusqu'à faire des confidences terribles sur le président à plusieurs journalistes. Cette situation pourrait-elle nuire au candidat Valls face au peuple de gauche?

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"Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus". Depuis trois jours, les proches de François, qui se repassent le film des deux dernières années, ruminent cette petite phrase, que Manuel Valls aurait prononcée, à plusieurs reprises, devant des journalistes.
C’est la petite phrase qui monte, et agace ceux des Hollandais qui ont espéré jusqu’au bout que François Hollande ne céderait pas à Manuel Valls.
C’est la petite phrase qui pourrait bien embarrasser l’ex-Premier ministre durant les semaines de cette étrange campagne qui débute.
C’est la petite phrase qui fait tache au milieu des oraisons funèbres que Manuel Valls dispense au sujet de François Hollande depuis jeudi soir dernier.
C’est la petite phrase qui pourrait bien revenir percuter, façon boomerang fou, Manuel Valls, candidat à la Primaire de la Belle alliance populaire.
Par-delà l’anaphore, inévitable de nos jours, contextualisons. La petite phrase de l’ancien Premier ministre, nous dit Libération dans son édition du 2 décembre, n’aurait pas été tenu une fois, mais plusieurs.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle ait fini par être livrée au grand public : "Valls voit beaucoup de journalistes.
Dans un avion ou dans le pavillon de musique au fond du jardin de Matignon, sans que son cabinet le sache.
Comme Mitterrand en son temps, il les voit tous et leur fait tous jurer le secret quand sur François Hollande il confie ‘Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus’".

"Ambiancer" les papiers

 

Grand classique de la vie parisienne en politique.
On convoque des journalistes, un par un ou par petits groupes.
On leur fait des confidences.
On leur demande le secret absolu.
Et on espère qu’ils s’empresseront de tout répéter, "off", dans leurs travaux respectifs.
Le propos, cruel, n’est pas conçu pour être répété de manière brute, mais dans le but "d’ambiancer" les papiers.
Que les uns et les autres, confidents d'un soir, emballés par la volonté de son auteur et sa détermination, fassent bien passer le message, tous supports confondus.
Il faut que soit dit et écrit que Le Premier ministre est déterminé, qu’il ira jusqu’au bout, qu’il est cette autorité et légitimité que le président n’est plus depuis la sortie du livre "Un Président ne devrait pas dire ça".
Sauf qu’ici, dans Libération, la petite phrase surgit, au détour d’un papier. Elle passe d’abord inaperçue, perdue dans le bruit médiatique. Puis, elle est repérée, et dès lors, produit ses effets.
"Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus".
La Hollandie se repasse le film. Elle s’interroge. Suppute. Se demande si, fatigué et lassé, François Hollande n’a pas jeté l’éponge sous la seule pression psychologique de Manuel Valls, essoré par quatre ans passé à supporter un traitement de choc politique que lui a infligé le désormais ex-Premier ministre.
Oui, la Hollandie orpheline revisite les grands moments d’un remake de Master et servant dont les deux têtes de l’exécutif auraient été les héros, les ressorts de l'intrigue étant malgré tout demeurés invisibles aux yeux de tous, jusqu’au dénouement final.

Une cohabitation de combat

 

Replay. Revoyons ensemble quelques épisodes saillants de ce qui fut finalement une cohabitation de combat, remportée par le Premier ministre pour la première fois de l'histoire.
Manuel Valls pressant Hollande dans les pires heures de l’affaire Léonarda, le poussant à commettre la faute, s’exposer à la télévision afin de mettre un terme à un psychodrame monté par le ministre de l’Intérieur contre le Premier ministre Ayrault.
Manuel Valls encore, forçant quasiment François Hollande, encore hésitant, à le nommer Premier ministre au lendemain des municipales, avec Arnaud Montebourg et Benoît Hamon comme alliés de circonstances, et qui plus tard, ironie de l’histoire, s’en vantera auprès des auteurs du livre "Un Président ne devrait pas dire ça".
Manuel Valls toujours, contraignant François Hollande, prêt à enterrer l’affaire mal partie de la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, à aller jusqu’au bout de la déroute annoncée, lui disant "Tu ne peux manquer au serment que tu as pris en novembre", suggérant par là qu’il tirerait les conséquences d’un manquement à ce serment…
Manuel Valls ou l’art de la dissuasion en politique, jouant de la menace de la rupture, de la démission, du départ en fanfare, coup d’éclat permanent exercé à l’encontre d’un président qui déteste qu’on lui impose ce type de rapport de force, ne l’affronte jamais, et préfère l’esquive et la fuite dès lors qu’il se sent prisonnier.

Une épreuve devenue insupportable

 

"Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus".
La petite phrase donnerait ainsi sens à l'histoire.
La Hollandie s’interroge.
Et si ce que la France entière a vu comme une abdication n’était rien d’autre qu’une libération? Le renoncement, suprême affirmation de sa liberté retrouvée. Enfin de l’air. Plus de pression. Plus de dissuasion. Plus de chantage. Plus de menace implicite. Plus de Valls, flanqué de ses indispensables Bauer et Colmou. Que le PS désormais, puis Macron plus tard, se débrouillent avec ça. Le soulagement d’en avoir fini avec une épreuve devenue insupportable.
L’un des Hollandais du premier cercle va loin,  qui confie: "Manuel a ‘trierweilisé’ François, ce qui s’est passé entre eux relève de la même mécanique psychologique".  
Et tout cela se terminerait de la même façon, par une détestation qui s’exprime en place publique: "Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus".
Au regard de l’enchaînement des épisodes, la théorie s’entend.
Surtout quand les Hollandais historiques, qui se sont succédé en visite à l’Elysée dimanche et lundi, confessent avoir vu un président Hollande soulagé d’en avoir terminé.
D’où la rapidité de l’annonce du retrait.
Cela n’empêche pas le président d’évoquer le cas Valls de manière surprenante aux yeux du dernier carré des fidèles, ceux qui persistent à pester contre la trahison du deuxième Premier ministre du quinquennat, car la principale victime de la trahison leur conseille de soutenir à la Primaire celui-là même qui l’a trahi: Manuel Valls.

5 ans d’imitation du sarkozysme médiatique

Beaucoup de bras hollandais sont tombés, ces dernières heures quarante-huit heures à l’Elysée, mais c’est ainsi.
François Hollande demeure le meilleur analyste objectif de la vie du Parti socialiste.
Il en connaît les mécaniques, résultats de rapports de force évidents qu’il appréhende mieux que personne.
Question perception de la réalité du temps court, il est imbattable.
Il sait qu’il n’est pas question de laisser Arnaud Montebourg se faire désigner candidat du PS avec le risque de le voir finir à 5%, tel Gaston Defferre en 1969.
Le PS mourant ne s’en relèverait pas.
Même Martine Aubry, faute de mieux, devra sans doute se résoudre à Manuel Valls. Comme d’habitude, elle a toujours eu dans cette affaire un temps de retard.
Le Président le sait. Déjà le président du groupe socialiste au Sénat, Didier Guillaume, a filé chez Valls. Le Drian y était déjà. D’autres suivront, c’est inévitable. Le cerveau reptilien des élus socialistes menacés d’extinction les poussera chez Manuel Valls, c’est écrit.
Mais la nomenklatura du PS est une chose, et le peuple de gauche en est une autre.
Nicolas Sarkozy aussi était soutenu par l’essentiel de l’appareil LR, et le peuple de droite l’a congédié.
Manuel Valls, c’est aussi cinq ans d’imitation du sarkozysme médiatique, une surexposition médiatique de haute intensité, qui a façonné une image pour le moins clivante aux yeux du peuple de gauche.
D’où l’importance que pourrait jouer, dans les jours et semaines qui viennent, la petite phrase qui monte, "Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus".
Si cette petite phrase continue de monter dans la sphère politico-médiatique, pénétrant le grand public et le peuple de gauche, elle pourrait entrer dans la catégorie des anecdotes de nature à confirmer que l’effet papillon est transposable à la politique.
"Je ne le respecte pas, je ne le supporte plus" pourrait ainsi devenir le "Casse toi pauvre con!"  ou le "Chirac est usé, vieilli et fatigué" de Lionel Jospin.
De ces formules qui plombent une campagne ou un candidat parce qu’elles révèlent d’un coup la vérité d’un homme, sans qu’il puisse entretenir la moindre ambiguïté bienveillante quant à la réalité de sa personne.
Or, on le sait depuis le cardinal de Retz : "On ne sort de l’ambiguïté qu’à son propre détriment".  
Peut-on dire du président que l’on sert : "Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus", sans risquer de ne plus inspirer soi-même aux yeux des autres ce sentiment qu’on appelle le respect?

 

 

SOURCE : Challenges 06.12.2016

 

 

 



07/12/2016
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