LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

DES CHERCHEURS MODIFIENT DES EMBRYONS HUMAINS VIABLES EN UTILISANT CRISPR/Cas9

Une équipe de chercheurs chinois est parvenue pour la première fois à modifier le génome d'embryons humains viables, en utilisant la fameuse technique CRISPR/Cas9. Une étape majeure, que deux spécialistes commentent pour Sciences et Avenir.

 

Ce sont des travaux qui sont passés plutôt inaperçus dans les médias, et pourtant, ils sont primordiaux.

 

Une équipe de recherche chinoise est parvenue fin mars 2017 - et pour la première fois - à modifier le génome d'embryons humains... viables.

 

Et ce via la fameuse technique CRISPR/Cas9, le "scalpel de la génétique" qui permet de supprimer, modifier ou ajouter des gènes à la demande, facilement et de manière peu onéreuse. Sans aucun doute, un cap majeur a été franchi.

 

"Non seulement c'est la première fois que l'on modifie des embryons "normaux", mais ces travaux suggèrent que les effets délétères sur le génome sont moindres que sur l'embryon non viable", commente auprès de Sciences et Avenir le Pr John De Vos, responsable du Département d'ingénierie cellulaire et tissulaire de l'hôpital Saint-Éloi, à Montpellier.

 

80 % de réussite sur certaines modifications du génome

Comme ils le détaillent dans la revue Molecular Genetics and Genomics, les chercheurs, issus de l'université de médecine de Canton, ont génétiquement corrigé six embryons humains viables, au stade de zygote (les tous premiers stades de la fécondation) et porteurs d'une mutation génétique.

 

Ou plutôt de deux modifications, touchant les globules rouges : HBB, mutation responsable de la bêta-thalassémie, une malformation rare des cellules sanguines, et G6PD, responsable d'une maladie touchant environ 3 % de la population mondiale et entraînant une destruction des globules rouges. "Ces maladies génétiques sont aussi présentes dans la population chinoise, ce qui permet aux chercheurs de disposer des embryons possédant les mutations associées", nous précise Carine Giovannangeli, directeur de recherche dans le laboratoire Structure et Instabilité des génomes (CNRS-Inserm-MNHN) à Paris.

 

En 2015, les travaux d'une autre équipe chinoise - la première à avoir procédé à des modifications génétiques d'embryons humains (mais non viables) - portaient déjà sur la bêta-thalassémie.

 

Le principe de CRISPR/Cas9 consiste à programmer une protéine capable de "couper" l'ADN (Cas9) qui, associée à un ARN (acide nucléique) guide, va permettre de modifier de façon spécifique et à un endroit très précis le génome.

 

Mais la technique de cette équipe chinoise n'est pas exactement la même que celle utilisée en 2015 : "Cas9 a été administrée directement sous sa forme finale de protéine, et non sous forme d'ARNm, acides nucléiques qui doivent être "traduits" pour donner la protéine", explique Carine Giovannangeli.

 

Une étape de traduction en moins, un gain de temps pour que la protéine s'active, c'est ce qui pourrait expliquer en partie les bons taux de réussite obtenus par les chercheurs : 80 % pour la modification de quelques lettres de l'ADN de l'embryon (sur les plus de 3 milliards qu'il compte) à... entre 10 et 20 % pour la correction d'une mutation plus grande, et donc plus difficile à réaliser.

 

Or dans les travaux précédents, non seulement le taux de "réparation" de l'ADN était plus faible, mais ce dernier avait subi des modifications non prévues. 

 

"Toutefois, nous ne pouvons pas conclure que cette nouvelle technique est meilleure, en raison du faible nombre d'embryons utilisé (six) dans cette étude", tempère John De Vos. En effet pas moins de 86 embryons avaient été inclus dans les travaux de 2015...

 

"CRISPR/Cas9 peut aussi ouvrir la boîte de Pandore"

Les manipulations sur ces six embryons, détruits au bout de deux jours, ont été validées par un comité local d'éthique et subventionnées par le ministère chinois de la Science et de la Technologie, nous précise le Pr John De Vos. 

 

"Les chercheurs chinois n'ont jamais envisagé de réimplanter ces embryons modifiés", clarifie-t-il.

 

Une question persiste : pourquoi les travaux sur les modifications du génome via CRISPR/Cas9, déjà publiés, proviennent essentiellement de la Chine ? "La législation dans ce pays est plus permissive que celle appliquée dans les autres pays", avance le chercheur. Quant à la France, elle a ratifié la convention d'Oviedo (en 1997), qui précise que "les interventions sur le génome humain ne peuvent être entreprises que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et seulement si elles n'ont pas pour but d'introduire une modification dans le génome de la descendance." 

 

En bref, il n'est pas possible de procéder à une modification génétique sur l'embryon humain dans l'Hexagone.

 

Le principe d’évaluer l’efficacité de la technique CRISPR/Cas9 sur des embryons humains est soutenu par une partie de la communauté scientifique, comme l’Académie américaine des sciences et, en France, la Société de génétique humaine (SFGH) et la Société de thérapie cellulaire et génique (SFTCG).

 

"La Grande-Bretagne a déjà validé des projets de recherche utilisant la manipulation génétique sur l'embryon humain", explique Carine Giovannangeli, qui souligne l'importance de ces travaux pour la recherche fondamentale et appliquée.

 

"CRISPR/Cas9 est un outil révolutionnaire qui permet déjà de mieux connaître le mécanisme des maladies, et à plus long terme de développer de nouvelles approches thérapeutiques, au même titre que la thérapie génique", explique-t-elle.

 

Toutefois, comme le souligne le Pr John De Vos, CRISPR/Cas9 peut aussi ouvrir la "boîte de Pandore".

 

"Cette technique pourrait sortir du cadre médical strict et servir dans le futur à améliorer des traits humains complexes (force, intelligence, caractère, etc.), qui seraient transmissibles aux générations futures, expose-t-il.

 

En d’autres termes, CRISPR/Cas9 pourrait permettre de modifier l’espèce humaine... irréversiblement. Heureusement, on ne connaît pas aujourd’hui les gènes qu’il faudrait modifier pour aboutir à ce type de résultat. Mais qu’en sera-t-il dans le futur ?"

 

SOURCE : SCIENCES ET AVENIR 31.03.2017

 



04/04/2017
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